Adeline Boutain, cette vendéenne qui a vu plus loin

Ce matin, je suis retombée sur une photo d’Adeline Boutain.
Une vendéenne au parcours inspirant.

 Adeline est née en 1862, à Machecoul, dans une France où les filles n’avaient pas encore droit au lycée. On enseignait aux femmes la broderie, pas la lumière. Et pourtant, elle, la lumière, elle a voulu la saisir. Pas dans des sermons ni dans des discours, mais à travers l’objectif d’un appareil photo. Son nom entier Joséphine Adeline Libaux, raccourcie en Adeline Boutain, photographe, commerçante et pionnière.

Une épouse, une mère puis une veuve

À dix-neuf ans, elle épouse un pâtissier de Croix-de-Vie. Le décor est simple : une boutique, deux enfants, une vie qu’on dirait “rangée”. Puis la mort vient la visiter trop tôt : son mari s’éteint, elle reste seule avec deux garçons à nourrir. Et là, là commence ce que j’aime le plus chez elle : elle ne s’effondre pas. Elle apprend la photographie par correspondance. Une autodidacte, une “auto-prophétesse” même, qui s’invente un avenir sans permission.

Elle vend la pâtisserie, s’achète un appareil photo, et part sillonner la Vendée à vélo — imagine un peu : une femme en jupe longue, pédalant contre le vent du large, un trépied sur le dos.
C’est un tableau que j’adore. On devrait l’accrocher dans toutes les mairies : la liberté, c’est aussi ça.

Une photographe de Vendée

Affiche exposition Adeline Boutain

En 1904, elle ouvre son magasin face à la gare : Le Grand Bazar de la Tentation. Rien que le nom me fait sourire. On y trouve de tout : des cartes postales, des souvenirs, des articles de pêche... et dans l’arrière-boutique, son atelier photo. Elle développe, colorise, imagine des montages. Elle fait parler ses personnages en patois vendéen sur ses cartes postales. Une femme qui fait parler les images, alors qu’on voulait que les femmes se taisent.

Ce qui me touche, c’est qu’elle ne se contentait pas de vivre “malgré” les limites de son temps — elle les traversait avec grâce. Elle a photographié la vie ordinaire, les pêcheurs, les marchés, les femmes au travail, les enfants qui jouent sur la plage. Tout ce petit monde, elle l’a figé pour l’éternité.

Je crois que si j’avais pu la rencontrer, j’aurais voulu lui dire merci.
 

Merci d’avoir cru que les femmes pouvaient être plus que des épouses endeuillées.
Merci d’avoir trouvé dans le commerce, dans la création et dans la lumière un chemin d'épanouissement et un regard humain sur les autres.

Parfois je me dis que l'inspiration divine, c'est pas seulement dans le calme d'un cloître ou d'une chapelle. C’est peut-être aussi dans le cliquetis d’un obturateur, dans une femme qui choisit d’exister pleinement.

Adeline Boutain, elle, a choisi de porter un autre regard sur la Vendée et grâce à elle, nous voyons encore ce qu'elle a vu de son temps.

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